Jazz à Juan, le 50e

Le programme

Mercredi 14 juillet

Jim’s Band

Jean-Vincent Lanzillotti, François Chassagnite & Georges De Martino (tp) – Jean-Jacques Illouz (sax) - Frédéric Luzignant (tb) - Jean-Manuel Jimenez (p) – Laurent Sarrien (vb)– Tony Sgro (b), Jean-Marc Maudet (dm) – Frédéric Sicart (dm)

Fidèle à l’héritage des musiciens du « Barrio » de New York, the Jim’s Band puise son énergique inspiration dans les courants musicaux précurseurs du « latin jazz » : la musique afro-cubaine et le jazz new-yorkais du milieu du XXe siècle. L’éclectisme et l’originalité des compositions de Jean-Manuel Jimenez, ainsi que l’implication artistique des musiciens qui le constituent, issus pour beaucoup du Conservatoire d’Antibes, lui ont permis de se faire une place privilégiée dans le paysage musical « latino ».... Une formule détonante et très « caliente » pour une pinède qui promet de l’être aussi...

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De gauche à droite : Pierre Christophe, Jerry Edwards, Raphaël Dever, Ronald Baker, Mourad Benhamou et Michel Pastre.

Jazz à Juan sextet

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Autour de Pierre Christophe (p), Prix Django Reinhardt 2007 décerné par l’Académie du Jazz, un plateau d’enfer réunissant Mourad Benhammou (d), époustouflant de décontraction et d’à-propos, Raphaël Dever (b) et sa virtuosité somptueusement maîtrisée, Ronald Baker, qui joint les qualités d’un crooner à la flamboyance d’un grand trompettiste, Jerry Edwards, tromboniste américain ayant oeuvré deux ans au sein du big band de Woody Herman, et enfin Michel Pastre (Prix Sidney-Bechet en 1999 et Waller en 2003), qui s’impose aujourd’hui comme l’un des grands saxophonistes ténor de jazz français.

Feu d’artifice

 

NJO Nice Jazz Orchestra

njo_nicejazzLe NJO Nice Jazz Orchestra est une formation qui a pour vocation de présenter les meilleurs solistes du jazz azuréen et de défendre un répertoire allant de la relecture originale des grands classiques du jazz moderne (Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Count Basie, Charlie Mingus, Thad Jones...) à la création de compositeurs actuels (Bob Mintzer, Slide Hampton, Ivan Jullien, Pierre Bertrand...) Sous la direction musicale de Pierre Bertrand, chef d’orchestre et arrangeur de renom (Obispo, Nougaro, Aznavour, Croisille, Victoires du jazz 2007...), un jazz jubilatoire, qui swingue et qui groove, un jazz vivant et enthousiasmant qui, fidèle à ses racines, se projette toujours dans la modernité et dans la création.

Jeudi 15 juillet

David Sanborn
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Nombreux les saxophonistes qui ont fait rugir de plaisir les nuits juanaises. Reconnu -voire adulé- comme l’un des meilleurs saxophonistes alto de sa génération, le New-yorkais David Sanborn a transcendé les genres et inspiré toute une génération de musiciens avec un langage musical hybride d’une intensité inégalée, tantôt rock’n’roll, tantôt R&B, pop ou jazz. Il a notamment laissé sa griffe sur les enregistrements des Bowie, Wonder, Springsteen, Clapton, Rolling Stones, ou encore de Gil Evans, au sein de la formation duquel il se produisit à Juan en... 1974.

Parallèlement, il est à la tête d’une discographie impressionnante (dernier opus « Only Everything » 2010), amassant tout au long de sa carrière « Grammy Awards » et autres distinctions. Un succès dû pour beaucoup à sa collaboration avec le compositeur, producteur et bassiste... Marcus Miller, au sein du groupe « Legends », constitué par ailleurs du batteur Steve Gadd et du claviériste Joe Sample. Onze ans après son dernier passage au Festival, en 1999, cette star incontestée du « smooth Jazz » revient sur la scène de ses triomphes développer ce son unique qui a fait sa célébrité, aux côtés du batteur Steve Gadd et de l’organiste Joey DeFrancesco.

George Benson
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Crooner légendaire, guitariste surdoué, improvisateur de génie, figure incontournable des... «dance floors»... La star est protéiforme et son parcours des plus flamboyants. Initié par Wes Montgomery, remarqué par l’organiste Jack McDuff, George Benson enregistre son premier album « The New Boss of Guitar » en 1964, puis entame une carrière solo. Son talent et ses prestations attirent très vite Miles Davis qui l’associe à la réalisation de l’album « Miles in the sky » en 1967. En 1976, avec « The Masquerade », soucieux d’élargir son public, il s’aventure sur le terrain de la funk avec « In Flight » (1977) ou «Give me the Night» (1980).

Produit par Quincy Jones et soutenu par Stevie Wonder, triomphe planétaire, ce single assoit définitivement la réputation de polyvalence et d’éclectisme d’un artiste qui, au fil d’une carrière longue et très riche, a su élégamment jouer entre plusieurs courants musicaux, notamment le jazz, la pop, la soul et même la disco et le funk. Tout en n’oubliant jamais ses héros de toujours : Wes Montgomery bien sûr, et puis aussi un certain... Django Reinhardt, qui eut selon lui l’audace d’intégrer les rythmes noirs dans la musique manouche, le musette et le classique. Classic & Jazzy George est au rendez-vous du jubilée. Sans doute se souviendra-t-il de sa première apparition en 1964 à Juan, en compagnie de Jack McDuff, Joe Dukes et Red Holloway. « Beyond the sea », au bord de « la mer », tout près de la villa de Charles Trénet, c’étaient les grands débuts du «New Boss of Guitar».

Vendredi 16 juillet

Spokfrevo Orquestra
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Principalement joué et dansé dans le nord-est du Brésil (état du Pernambouco), le frevo est pour le fleuve Capibaribe un genre musical carnavalesque aussi emblématique que peut l’être le jazz pour le Mississipi. Rien d’étonnant donc à ce que la « Home Town » du jazz en Europe redevienne Carrefour de la Joie pour accueillir la formation de Maestro Spok, alias Inaldo Cavalcante de Albuquerque, qui cumule avec bonheur les fonctions de saxophoniste, arrangeur et directeur musical. Un vrai big band avec ses sections de saxophones, trombones, trompettes, guitare, contrebasse, batterie et percussions, dixhuit jeunes et talentueux musiciens qui ne cessent de renouveler le genre et le rendre encore plus magique, passionnel et envoûtant.

Propulsé par les cuivres, le frevo est le rythme du carnaval de Récife, quand les milliers de participants se fraient à petits pas un chemin dans les rues enfiévrées, suivant danseurs et capoeiristes. Une alliance peu banale entre marche militaire et mazurka lui a donné ce nom, qui vient du verbe bouillir (ferver). Sur scène, SpokFrevo magnifie la tradition carnavalesque et son expression de rue grâce à des arrangements modernes et des harmonies inventives révélant une claire influence du jazz. Grâce au rutilant Mister Spok, fusionneur en chef, nous voilà prévenus: « Le Frevo est une musique unique, différente de toutes les autres, animée et porteuse d’une magie particulière : celle de donner du bonheur. » A Juan !

Samedi 17 juillet

Dee Dee Bridgewater
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Sa première apparition en 1989, où elle remplaça au pied levé la grande Sarah Vaughan, fut un véritable coup de foudre. Juan aima tout de suite sa si séduisante diva, incarnation universelle de La chanteuse de jazz experte ès scat, si à l’aise sur scène, sensuelle, nuancée et expressive… Reste que Dee Dee Bridgewater, si convaincante fut-elle, ne pouvait se cantonner dans ce rôle un peu ingrat de gardienne du temple. Alors, il y eut les aventures bien sûr, qui virent les puristes faire la moue, lorsqu’elle emprunta un temps les autoroutes de la FM Music pour terminer en apothéose avec Ray Charles et une « Precious Thing » qui la propulsa au sommet des « charts ».

Mais la curiosité de la Dame est immense. Non contente d’avoir engrangé les expériences avec Frank Foster, Buddy Terry, Pharoah Sanders ou Stanley Clarke, elle a multiplié les rencontres de légende avec Roy Haynes, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Dizzy Gillespie, Cecil McBee, Billy Harper, donnant la pleine mesure de sa virtuosité en encanaillant le répertoire de Kurt Weill, puis explorant les riches sillons de la chanson française. Un quart de siècle après avoir visité le répertoire de Billie Holliday, la voilà qui replonge dans l’univers de la « Duchess » avec « Celebration of the Lady Day », en hommage à Billie Holiday. Il y a du Broadway dans ces titres sublimés par Dee Dee. D’autant qu’elle garde intacte sur scène sa si belle joie de vivre et reste telle que Juan l’a toujours aimée : éminemment expressive, éclatante d’amour et de passion.

Melody Gardot
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« Une giboulée de classe intemporelle et de glamour mélancolique, qui a su toucher le coeur du grand public tout en continuant à faire battre celui des experts en mélomanie. » Alain De Repentigny (La Presse). On a tout dit de l’étonnant parcours de Melody Gardot, depuis le terrible accident qui l’a laissée à dixneuf ans entre la vie et la mort, jusqu’à son étonnante résurrection dans laquelle la musique a joué un rôle thérapeutique majeur. Auteur compositeur et interprète, Mélody Gardot, 24 ans, impressionne déjà par sa voix au grain et à la maturité peu commune, sophistiquée et profonde, enveloppante et réactive. En même temps, sa musique aux mélodies chatoyantes fouille l’intime discrètement.

S’inspirant avec élégance du swing des crooners historiques avec des textes poétiques composés avec soin, colorés d’accent blues et folk, elle trace un chemin de vie composé de chansons aux sophistications harmoniques subtiles, nimbées de volutes sensuelles intellectuellement imparables. Mais attention : la diva glamour sait aussi jouer avec son public, elle est drôle ! Femme fatale, elle l’est, et la scène est son tapis rouge : « Je suis comme chez moi quand je monte sur scène. J’adore que les gens puissent être dans un lieu clos avec un artiste et partager un moment avec lui. » Assurément, le public de la Pinède va adorer, lui aussi.

Dimanche 18 juillet

Hommage à Django Reinhardt
Le Manoir de mes rêves
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Depuis sa disparition en 1953, personne n’aurait l’idée de dire que Django Reinhardt a... disparu. Plus encore peut-être que du temps où il était vivant, il est omniprésent et reconnu comme l’un des plus importants créateurs que la Vieille Europe ait donné à cette musique. A commencer d’ailleurs par le grand George Benson, prestigieux invité de cette édition.

A l’heure du 50e, « Jazz à Juan » a tenu à fêter le centième anniversaire de sa naissance en réunissant sur la scène mythique de la pinède Gould la fine fleur du jazz manouche. « Manoir de mes rêves », c’est un hommage aux gens du voyage, à la culture et au peuple manouche, proposé par les plus fervents représentants actuels de cette musique, qui a fait vibrer plusieurs générations.

Un foyer nomade, un univers coloré où la vie et la musique s’entremêlent, c’est d’abord ça l’univers manouche. Et quand les musiciens de cette culture rendent hommage au plus admiré de leurs représentants, cela donne un spectacle généreux, authentique et passionné.

Lundi 19 juillet

AvishaÏ Cohen
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Le symbole parle de lui-même : contrebassiste de génie, Charles Mingus fut en 1960 l’une des premières pierres (précieuses !) qui présidèrent à la naissance du Festival. Depuis, avec entre autres Dave Holland, Stanley Clarke, Ray Brown ou Charlie Haden, nombreux les solistes d’exception qui ont inscrit en lettres d’or leur nom au panthéon des stars de « Jazz à Juan ». Une autre exception vient confirmer la règle en la personne d’Avishaï Cohen, l’un des cent bassistes les plus influents du XXe siècle, selon le très autorisé mensuel américain Bass Player.

Instrumentiste, compositeur, leader et même chanteur, Avishaï Cohen, découvert aux côtés du pianiste Chick Corea, se permet tout ce qu’un esprit libre peut se permettre, embrassant influences orientales et latines, triturant classique, flamenco, voire pop ! De Stevie Wonder à Gabriel Fauré, il affirme sa différence et s’affiche brillamment avec Brad Mehldau, Roy Hargrove, Herbie Hancock, Bobby McFerrin, Paquito D’Rivera, voire même Alicia Keys. Ce qui s’appelle brouiller les pistes ! Entre hier et aujourd’hui, il est de ceux qui inventent le futur d’un jazz qui reste le terreau de tous les possibles, « un jazz au lyrisme coltranien, (...) virtuose mais sans intentions démonstratives, intense dans l’allant collectif et prenant par sa diversité d’approches, sans perdre en cohérence ». (Le Monde).

Paco De Lucia
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Il était une fois un prince en Asturies, petit prince de quatorze ans engagé comme guitariste par la compagnie de danse José Greco pour une tournée aux Etats-Unis... Depuis, beaucoup d’accords ont glissé sur les portées. Virtuose et enfant prodige, Paco de Lucia ne se sert pas de la musique, il la sert, et avec supplément d’âme s’il vous plaît. Chef de file du flamenco moderne, il a également servi avec un rare bonheur le jazz en s’associant à Larry Coryell, Chick Corea, John McLaughlin et Al Di Meola, avec lesquels il a formé une série de trios qui restent dans les mémoires et les médiathèques comme autant de rencontres rares entre quelques-uns des plus grands guitaristes de notre époque.

« Tout ce qui peut s’exprimer avec les six cordes d’une guitare peut sortir de ses mains, qui s’animent avec l’émouvante profondeur de la sensibilité ». Depuis toujours, « l’enfant prodige » d’Algésiras, insatiable défricheur, peaufine et enrichit son grand oeuvre, offrant des pistes initiatiques aux jeunes guitaristes en quête de renouveau. « Meilleur Album Latin Jazz 2005 » au « Bilboard Latin Awards », il s’impose comme le «plus universel» des guitaristes ibères, recevant le titre envié de « Principe de Asturias de las Artes », l’une des plus hautes distinctions hispaniques. Mais les honneurs viennent toujours après la gloire et l’évidence du talent: plus qu’un Prince, Paco de Lucía est une légende vivante, que « Jazz à Juan » se réjouit d’accueillir.

Mardi 20 juillet

Joshua Redman Double Trio

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Fils de son père (Dewey, compagnon de Keith Jarrett dans les années 70 et étoile de la pinède en 1985), sourire de jeune premier d’Hollywood cérébral et sensuel, Joshua Redman n’a pourtant rien d’un fils à papa. Sa rencontre avec la musique fut même pour lui un « grand accident », dont il ne s’est jamais remis : « Abandonner le jazz me dévasterait », confiait-il à Stéphane Koechlin, lors d’un précédent passage à Juan. Aujourd’hui, le Californien n’avance que pour laisser entendre une voix : la sienne. Que son jazz ait eu la rigueur hard bop ou la nonchalance funky, sa musique est un vrai laboratoire en fusion.

Croches acérées et blanches voluptueuses, timbre chaleureux de ses saxophones (ténor et soprano), mélange de puissance et de grâce... La musique est art qui se joue. Alchimiste, fusionneur en chef de plusieurs générations de disciples férus de standards, be-bop, neobop, blues et swing, Redman sait faire preuve de talent mais aussi d’humilité et même d’humour. Sculpteur de sons, de mélodies et de rythmes, il ouvre un nouveau chapitre de sa brillante carrière avec un double trio réunissant simultanément Reuben Rogers et Matt Penman à la contrebasse, Greg Hutchinson et Bill Stewart à la batterie.

Roy Hargrove Quintet
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Depuis sa première et triomphale apparition sur la scène de la pinède en 1994, Roy Hargrove s’est affirmé comme l’un des musiciens de jazz les plus complets et les plus inventifs, tantôt électron libre du jazz lorsqu’il joue avec le fin du fin (Hancock, Rollins, Hampton...), tantôt figure tutélaire de la scène hip-hop (Common, D’Angelo, Erykah Badu...) Avec son RH Factor, il a imposé sa fougue, sa musique et son style grâce à une maîtrise fabuleuse, un tempérament de feu, feu sacré trempé dans la tradition de son instrument… Sur scène, c’est brut de brut de merveilleux décoffrage, une furia musicale qui se fait manifeste sonore au présent toujours immédiat ! Il faut écouter et voir la folle chevauchée de Roy « groovant » au pays du jazz ! Hargrove aime partager, avec ses pairs comme avec les nouveaux venus et le public, dans des clubs, en studio ou dans ses tournées. Il y a deux ans à Juan, après avoir assuré la première partie, il avait surgi inopinément pour rejoindre Marcus Miller dans un beau moment d’improvisation. L’année dernière, c’est avec MC Solaar qu’il a fait l’évènement. A l’instar d’Ella et de Ray Charles dans le passé, ou de Keith Jarrett aujourd’hui, Roy Hargrove est devenu l’un des fils prodigues de « Jazz à Juan », tant il incarne avec une fastueuse générosité ce bel esprit de la fête et de « Joie de vivre » qui a présidé à la naissance du festival.

Mercredi 21 juillet

Keith Jarrett, Gary Peacock & Jack Dejohnette

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«Ecouter les mélodies de Keith Jarrett avec le bruit du ressac de la mer et le couchant à l’horizon, vous fait ressentir une impression de bonheur, de sensualité et de paix.» Patrick Guillemin in Blues magazine . Chacun ne peut que se réjouir de la fidélité à Antibes Juanles-Pins d’un trio exceptionnel qui remet sans cesse tout en jeu pour dépasser l’acquis, inventer, surprendre, proposer une musique toujours en devenir. On ne découvre plus Keith Jarrett, on le retrouve. Le trio qu’il forme avec Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie (une rythmique originelle de Charles Lloyd -1966-68 - puis de Miles Davis - 1970) est devenu une véritable institution. Une musique hors du temps jaillit, que le trio construit avec chaleur, explorant attentivement un riche trésor qui constitue l’essence même du jazz.

La première évidence est la permanence de cette quête de l’essentiel, de cette soif d’épure, une approche mélodique minimaliste. Demeurent intactes l’apparente absence d’effort, la fluidité des longues lignes chantantes. Gary Peacock joue de moins en moins de notes et sa musique, pourtant, s’enrichit ; DeJohnette ne fait pas de solos, mais son jeu est un solo permanent. Quant à Keith Jarrett, c’est un rapport amoureux qu’il entretient avec le piano, nécessaire pour que l’émotion puisse passer du pianiste à l’auditeur, tant il y a de relais physiques entre le clavier frappé ou caressé et le son créé : Keith Jarrett est le piano, et quand la communion se fait, l’émotion s’installe...

Jeudi 22 juillet

Kyle Eastwood
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Tout le monde le sait : chez les Eastwood (comme chez les Redman), le jazz est héréditaire. D’ailleurs, c’est avec papa que le tout jeune Kyle va rencontrer Count Basie, Sarah Vaughan, Stan Getz, Miles Davis et consorts. A l’époque, dans la famille, on achète les disques comme on achèterait des actions en bourse. Autant vous dire qui si le jazz ne se transmet pas par les gènes, il se transmet par les esgourdes. A quatorze ans, petit rôle marquant dans « Honkytonk Woman » dans le rôle de Whit, qui choisit pour destin « l’errance, la musique, et peut-être un jour la gloire... » Ce chemin, c’est celui qu’il a emprunté, au son des refrains de son enfance à Monterey...

Et le voilà à Juan. A l’âge où son papa brillait dans les westerns, il est devenu un bassiste remarquable, mais aussi un brillant compositeur (il a notamment co-écrit le superbe thème de « Gran Torino » avec l’ami Jamie Cullum). Depuis son premier passage en 1999 dans la pinède, où il partageait l’affiche avec... Joshua Redman et David Sanborn, Kyle a su se faire un prénom sans rien renier d’Eastwood, pour lequel il a composé entre autres les bandes originales de Mystic River ou de A propos d’Henry. Le tout sans faire son cinéma, tissant, au fil de ses rencontres (Manu Katché, Camille, Till Brönner, Eric Legnini...) et ses albums, une toile musicale tour à tour élégamment funk, acid ou hardbop, mais toujours assurément... jazz. Sans bémol !

Diana Krall
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Diana Krall a un corps de rêve, de longs cheveux blonds et des yeux à faire se pâmer tous les saints, elle bat les records de vente de ses albums et collectionne les Grammy Awards, c’est vrai ! Mais qu’il soit tout aussi clair qu’elle n’est ni une pop star, ni une chanteuse de variétés. En fait, elle incarne à la perfection la voix du Jazz moderne. Ses pairs le savent bien, de Jimmie Rowles (accompagnateur de Billie Holiday) à Ray Brown (l’époux d’Ella Fitzgerald), qui ont reconnu en elle, dès ses débuts, une chanteuse au swing convaincant, dont le timbre voilé et la diction parfaite touchent d’emblée.

L’émotion discrète que sait distiller cette authentique musicienne, pianiste douée qui connaît ses classiques, de Nat King Cole à Ahmad Jamal, la classe parmi les interprètes les plus convaincantes. Preuve s’il en était besoin qu’un musicien de jazz peut savourer la faveur du grand public sans pour autant sacrifier sa légitimité artistique, et remplir les bacs des disquaires sans pour autant perdre son âme. Ce sont les plus belles salles du monde qui accueillent aujourd’hui celle qui est devenue l’une des grandes dames du jazz, et la pinède Gould se réjouit de la redécouvrir après son triomphe de 2006 dans un répertoire teinté parfois des chaudes couleurs de la bossa-nova.

Vendredi 23 juillet

Black Dub

Du Québécois Daniel Lanois, le grand public connaît surtout, à l’insu de son plein gré souvent, son travail de producteur aux côtés des plus grands. De Bob Dylan à U2, en passant par Peter Gabriel, Nick Cave ou les Neville Brothers, nombreux ceux qui ont sollicité ses services. Mais Daniel Lanois, musicien prisé pour ses qualités à faire sonner les musiques populaires américaines grâce à des arrangements très aériens, ne saurait être cantonné à sa chanson tube : « Jolie Louise ». A preuve son nouveau projet : « Black Dub », une aventure à laquelle le « Grand Master » producteur, chanteur et guitariste a convié un line up particulièrement... Up : Brian Blade (dm), compagnon de Wayne Shorter, Kenny Garrett, Joshua Redman ; Daryl Johnson (b) et Trixie Whitley (voc), fille du guitariste de blues Chris Whitley.

Brooklyn Funk Essentials
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Brooklyn Funk Essentials est un collectif de mousquetaires du groove. La grande aventure commence en 1993 par des jams informelles entre amis. Très vite, les musiciens se prennent au jeu et investissent la scène pour des concerts mémorables, dont les fameuses soirées « Giant Steps » à New York. Dès l’année suivante, ils sortent un premier album, qui surfe sur la vague acid-jazz. Leur expérience de la scène des clubs newyorkais a fait de ce collectif une redoutable machine à danser, dont chacune des apparitions live laisse des générations de danseurs épuisés certes, mais heureux !

Maceo Parker
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Saxophoniste adulé vingt-cinq ans durant au sein de l’orchestre de James Brown, happé par la nébuleuse P. Funk, du « Parliament » de George Clinton en passant par le « Rubber Band » de Bootsy Collins, Maceo Parker a désormais conquis ses galons de star et réussi la merveilleuse alchimie entre les différents courants de la musique noire américaine. A l’avant-garde du « groove », il mixe toutes les tendances d’un jazz funky remontant aux sources du gospel et du blues, avec pour seul horizon la surchauffe des salles de concert. Une furieuse invitation à s’abandonner à la folie d’une musique incroyablement énergétique.

Les dictionnaires de jazz font remonter le funk au tout début du siècle (dernier) : un mélange de blues et de gospel, les racines même du jazz avec cet aspect authentique, rustique. Maceo, lui, ne s’embarrasse pas de ces circonvolutions : « Quand vous jouez de la musique et que le public participe véritablement, a envie de danser, de frapper dans ses mains, alors là, lance-t-il en riant, c’est ce que j’appelle de la funky music ». Un funk jazz porté par les poumons d’acier d’un artiste d’exception qui revient jouer les « horny horns » pour le public juanais, accro depuis son 1er concert en 1997, à la fameuse « Maceo Touch ».

Samedi 24 juillet

Manu Katché
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Indubitablement, Manu Katché est l’un des batteurs les plus singuliers et polyvalents de la scène musicale. Après avoir joué notamment sur des albums de Jean-Jacques Goldman et Michel Jonasz, il accède à la notoriété internationale en enregistrant deux titres pour le So de Peter Gabriel. Partenaire privilégié des plus grandes stars de la pop internationale (de Sting à Joni Mitchell), séduites par son art d’ « exploser » des structures souvent par trop rigides et formatées, Manu Katché produit et présente sur Arte « One Shot Not », de chaleureuses sessions live où il prend le parti d’une programmation différente, plus pointue, faisant la part belle aux musiciens.

Car s’il est médiatique en diable, Manu Katché est avant tout musicien, fasciné par le raffinement et la liberté du jazz. Dès les années 1990, il a pris les chemins de traverse pour mener une autre carrière, aux côtés notamment du grand saxophoniste Jan Garbarek. Il faudra attendre en 2005 son premier disque en leader, «Neighbourhood» et sa première apparition à Juan pour qu’il s’autorise à révéler la véritable nature de sa partition secrète : un univers raffiné et sensuel bien particulier mêlant (selon, les mots du Guardian) «thématique jazzy et grooves magnifiquement mouvants». De bonnes vibrations en somme. «Je fais beaucoup de scène parce qu’on ne peut pas être artiste, musicien, acteur sans parler de scène. C’est la vibration la plus importante qu’on puisse recevoir», confie-t-il. Du Katché tout craché!

Marcus Miller

& Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo & guests Raul Midon & Lalah Hattaway

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Coiffé de son éternel chapeau noir à bords ronds, auréolé de l’admiration que lui portait le grand Miles («Regardez-le, il marche même en mesure !»), Marcus Miller, multi instrumentiste, chanteur, compositeur, arrangeur et producteur, a redonné à la basse solo ses lettres de noblesse sur des lignes de fusion, de jazz rock, de funk, de rock et de blues, le tout avec un «slap» et une rapidité d’exécution qui laissent pantois. Compagnon d’armes de Miles Davis dans le phénoménal album «Tutu», partenaire de Kenny Garrett, d’Herbie Hancock, complice impeccable de Marsalis, Wayne Shorter, « M2 » (les 2 M de Marcus et de Miller) a façonné le destin du jazz moderne entre ses doigts de feu, un jazz funk sur-vitaminé.

Prestigieux parrain de l’édition 2010, ce «Superman de la Soul» sait aussi faire preuve d’un éclectisme en tous points surprenant, dont témoigne le nouveau projet qu’il offre à «Jazz à Juan» en invitant, outre Raul Midon et Lalah Hathaway, le superbe Orchestre philharmonique de Monte-Carlo pour fêter le jubilée du festival : « Etre le parrain de l’édition du cinquantenaire est pour moi le plus grand des honneurs. Jeune homme, je rêvais d’être invité sur cette scène. Parce que Miles Davis et les plus grands jazzmen de la planète ont joué dans la Pinède Gould. Alors, cet été, sur cette scène, j’espère que le public appréciera notre travail »

Dimanche 25 juillet

Soirée GOSPEL

Liz McComb
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En 1965, le Révérend Père de Fatto et Marion Williams célébraient la première messe oecuménique. De ce jour, l’un des temps forts du festivalier juanais reste cette désormais traditionnelle célébration Gospel réunissant les communautés catholique et protestante. Un rendez-vous plein de ferveur éclaboussé du soleil de Juan-les-Pins au coeur de la cité de la joie de vivre si chère au coeur de Picasso et d’un certain… Sidney Bechet. Il faut dire que «Jazz à Juan» a toujours considéré le « chant de l’âme » comme la source sacrée du jazz. Liz McComb est l’une des rares héritières de ce fabuleux patrimoine culturel et musical qu’est le « negro spiritual », celui du temps de l’esclavage. Avec son ample voix de mezzo souverainement expressive, elle aurait pu choisir une carrière classique. Mais suivant l’exemple de Mahalia Jackson, elle a décidé de consacrer sa vie au Gospel et de le faire sortir de la pénombre des églises.

Sa voix unique, son charisme et sa présence scénique font d’elle une diva du chant gospel, mais une diva naturelle et proche de son public, une vestale qui chante le passé et le futur, mais a su aussi imposer ses propres chansons, imprégnées des sonorités de notre temps : soul, funk, rap etc. Créatrice insatiable, son engagement total et sa sincérité profonde confèrent à chacune de ses apparitions une aura particulière, entre grâce angélique et puissance généreuse. Avec finesse, sans sophistication, ses mélodies terriblement efficaces viennent sublimer une dramaturgie authentique. « Offrir un concert, c’est tout simplement rendre à la communauté dans laquelle vous vivez ce qu’elle vous apporte d’une manière ou d’une autre. Un artiste ne peut pas se permettre de se nourrir de ce qui l’entoure sans le restituer. »

OC Brothers
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Groupe influencé par les musiques afro-américaines, le blues et les musiques dérivées du blues.
Le groupe propose une couleur sonore comparable à celles que l’on pouvait entendre dans les années 60.

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