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24-11-2008

Il n'y aura pas d'histoire d'amour. Galwenn n'a pas de coeur. Quelques histoires de cul tout au plus, mais leur insignifiance les rendrait impertinentes. Il n'y aura pas de strass, pas de paillette. Galwenn n'est pas une princesse et ce n'est pas l'histoire d'une gosse de riche pourrie gatée. Il n'y aura pas d'argent, pas d'espoir. Il n'y aura pas de temps, pas d'espace.
Il n'y aura que Galwenn, son imagination, et la vôtre.

Bienvenue dans son monde en noir et blanc.

Ses pas résonnèrent dans Mac Peter Street, désert, minuit passé. Jordan s’arrêta devant le numéro 28 et alluma une cigarette. La quarantaine joliment passée, il affichait des cheveux gris au dessus de ses deux yeux bleus perçants. Un petit côté George Clooney disaient certaines de ses précédentes conquêtes. Dans la fraîcheur de Londres, il se laissa enivrer par la chaleur de sa cigarette. Qu’il les aimait ces soirées là. Seul dans une ville vidée de sa foule grouillante, celle-là même qu’il devait supporter chaque jour.
Jordan Maltrhow travaillait dans la finance. Nul ne savait dans quoi précisément mais cela lui permettait en tout cas de s’offrir le luxe d’un roi saoudien. Il trouvait dans le monde du commerce ses petits plaisirs. En premier il gagnait de l’argent. Beaucoup d’argent. Cynique et méchant, cela lui plaisait d’amasser des fortunes pendant que d’autres galéraient chaque mois. Il y avait aussi les crises financières, qui ruinaient les traders et leurs banques, obligeaient les entreprises à licencier en masse. À chacune de ces « catastrophes », le pays tout entier sanglotait et incendiait le méchant capitalisme pendant que Jordan, lui, prenait son café en lisant son journal. « Rien à foutre » était son crédo. Le jour il était cette espèce d’enfoiré de trader qui fait chuter la Bourse de 5% et qui écrit le soir sur son blog : « voilà une bonne chose de faite ». La nuit par contre… Il finit sa clope, écrasa le mégot fumant par terre et prit son téléphone.

"Galwenn, je suis en bas, tu m’ouvres ?" La porte s’ouvrit et il s’engouffra au 28, Mac Peter Street. (R. D.)

Il monta un escalier sombre et humide, éclairé par une ampoule nue qui s'éteignait par accoup. Une porte, en haut, était entrouverte. Il entra.
"Ferme la porte, Jordan, il fait froid !" Il s'avança dans le petit appartement, comme d'habitude. Comme d'habitude, Galwenn était assise dans le canapé miteux. Elle écrivait dans son carnet relié de cuir. Comme d'habitude... Combien de fois avait-il monté ces marches ? Il ne le savait plus... Il ne remarquait même plus la tapisserie défraichie qui commençait à se décoller près du plafond. La jeune fille ferma son carnet et leva ses grands yeux gris vers lui. Elle tapota le cuir à sa gauche, lui faisant signe de s'asseoir près d'elle. C'était étrange. Galwenn aurait pu être sa fille mais Jordan la considérait comme sa supérieure. Il était tout nouveau dans cet univers, elle avait déjà roulé sa bosse. Elle l'interrompit dans ses pensées.
"Tu veux fumer ?"
Sans attendre la réponse du jeune homme, elle ouvrit un tiroir à sa droite et sortit un sachet d'herbe.
"Raconte-moi. Comment ça s'est passé?" (P. C.)

Jordan prit une inspiration.
" Je l'ai repérée dans un pub prés de Hyde park. Elle était seule, je crois qu'elle attendait quelqu'un. Je lui ai offert un verre, puis un autre. Elle portait une robe rouge qui faisait ressortir ses longs cheveux noirs. Elle était belle pour ses 50 ans. J'ai proposé de la raccompagner. Elle a accepté. Elle est montée dans mon Aston Martin, elle ne se doutait pas..."
Jordan tira une latte sur la roulée que lui tendait Galwenn. Attentive elle jubilait, attendant la suite qu'elle connaissait déjà.
" Je l'ai conduite prés de la Tamise, elle m'a regardé. Je lui ai dit de descendre. J'ai vu la peur dans ses yeux. " Un sourire glacial traversa la visage de Jordan. "Je l'ai emmenée prés du pont, attaché les jambes et les mains. Elle me suppliait. Comme si elle pouvait me faire changer d'avis. Je l'ai poussée. Elle est tombée dans l’eau. Elle n'est pas remontée. " Un silence presque solennel régnait dans la pièce.
Soudain Galwenn se leva : " Tu as fait du bon travail Jordan. " A son nom Jordan frissonna. La froideur dans la voix de la jeune femme l'étonnait toujours.
" Tu n'as laissé aucune trace ? " demanda-t-elle.
- Bien sûr que non !
- T'es encore un amateur. Je m'inquiète, c'est tout " répondit Galwenn sur un étrange ton maternel. " Repose-toi, tu l'as bien mérité. " Poursuivit-elle.
Tirant une dernière latte Jordan s'endormit.

Galwenn mit son long manteau blanc et sortit. (N.C.)

L'air frai de la nuit la revigorait, elle allongeait ses grandes foulées sur le trottoir désert, alerte, parfaitement réveillée. Elle repensa à Jordan, endormi sur son canapé. Sourire. Il avait l'air tellement innocent quand il dormait. Son visage était calme, les rides d'anxiété n'y étaient plus figées. Ces rides, Galwenn les avaient vu apparaître une à une au fil des semaines. Plus les informations étaient précises, plus les directives étaient claires, plus son front se creusait. Il ne voulait pas le montrer, mais il avait peur. De l'inconnu sans doute, il n'avait pas l'habitude d'échouer. C'était une situation bien particulière toutefois. Elle la connaissait. Ca avait été elle une fois. Il y a bien longtemps. Trop longtemps pour qu'elle s'en souvienne. Son initiation avait eu lieu en plein été. Une de ces nuits orageuses où l'electricité est palpable dans l'air. Elle avait choisi une cible au hasard, comme le lui avait demandé Billy. Billy... elle soupira. Son mentor était mort et enterré maintenant. Inutile d'y penser. Tout le monde doit tirer sa révérence. Un jour ce serait son tour. Elle secoua la tête. Pas aujourd'hui. Elle se concentra sur les détails de son premier meurtre. La préparation. L'adrénaline. L'appréhension. La peur. L'action. La délivrance. Le corps à ses pieds. Propre. Pas de sang, ça laissait trop d'indice. Trop de chance de se faire prendre, trop de chance de perdre sa liberté. Elle s'ébroua comme pour chasser l'idée de sa tête. Il ne fallait pas qu'elle oublie son objectif. Une porte rouge avec une sonnette argentée que la pâle lueur de l'aube faisait briller. Elle était arrivée à destination. (P.C.)

Comme chaque jeudi matin depuis des années déjà, elle sonna à cette porte pour aller là où elle n'aurait jamais dû aller, pour rencontrer celui qu'elle n'aurait jamais dû voir. La porte s'ouvrit. Elle monta ces interminables escaliers de marbre que sa peur des ascenseurs l'obligeait à grimper pour arriver devant la loudre porte noire de l'appartement. C'est Rosetta, l'employée de maison qui lui ouvrit, la maisonnée était encore dans le silence. L'odeur du café se répendait dans l'air, ils n'allaient pas tarder à se réveiller.
Elle le savait, elle était attendue ici, comme on attend la visite d'amis.
Galwenn posa son manteau blanc sur le secrétaire de l'entrée, et s'installa sur le canapé crème du salon, où Rosetta lui avait apporté un lait de poule, comme à son habitude.
Un bruit retenti au fond du couloir, elle le savait il venait de la pièce au fond à droite. Tout son corps se raidit à l'approche de l'inévitable confrontation hebdomadaire. Pourquoi s'obligeait elle à faire cela? pourquoi éprouvait elle le besoin de venir ici, de le voir, de faire partie de sa vie? elle ne savait pas, juste que chaque jeudi matin, un désir irrépréscible la menait jusqu'à cet immeuble haussmanien.
L'instant d'après il était là, souriant dans son joli pyjama couvert de petites voitures rouges et jaunes.
(M.M.)
 

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